20/03/2019

Jean-Marc Furlan : « Les qualités stratégiques font la différence »

« Surpris et ressentant un grand plaisir, parce que je ne suis à Brest que depuis quelques mois » d’avoir été sollicité pour être le parrain de la 35è édition du Festival d’Armor en 2017, Jean-Marc Furlan avait dû décliner l’invitation en raison de ses vacances annuelles.

Ce qui n’empêche pas de prêter une oreille attentive à son analyse de la formation des jeunes joueurs qui reste complètement d’actualité.

– Avant d’arriver à Brest, connaissez-vous le Festival d’ Armor de Plougonvelin ?

– « J’en avais déjà entendu parler. Mais faute d’avoir assisté à ce Festival, je ne connais pas sa contenance, son épaisseur, sinon par l’évocation de tous les joueurs pros connus qui y sont passés et la liste est belle ».

– En équipes de jeunes à Bordeaux, avez vous participé à des tournois internationaux et quels souvenirs en avez vous gardé ?

– « Pas beaucoup. Au tournoi international juniors de Saint-Emilion qui a duré trois ou quatre ans et qui était rehaussé par la présence d’équipes britanniques, en raison sans doute des liens historiques existant entre l’Aquitaine et les Anglais. Il y a eu ensuite mes sélections en juniors, en espoirs et en militaires avec qui on disputait chaque année le Challenge Kentish face aux Anglais et aux Belges. Le Finistère a une solide réputation pour les tournois internationaux de jeunes, grâce à une vraie force associative. Ce qui m’impressionne beaucoup, c’est la puissance des clubs due à leur nombre de licenciés et de bénévoles. J’ai beaucoup voyagé et je n’ai jamais vu cela ailleurs ».

– Est-ce indispensable, au cours de ces années de formation, que les joueurs soient confrontés à des footballs étrangers ?

– « Evidemment. Le football français que nous avons connu dans les années 60/70 vivait en vase clos, on ne partait pas comme cela à l’étranger. Aujourd’hui et c’est une très bonne chose il y a beaucoup plus d’échanges. D’ailleurs quand les jeunes joueurs français ont pu aller jouer en dehors de nos frontières, le football français a tout de suite franchi un palier ».

– N’avez vous pas été tenté de faire une carrière de formateur ?

– « Je crois être le seul entraîneur pro à avoir débuté comme bénévole. Je l’ai été, de 1992 à 1997, à Libourne Saint-Seurin, quand j’ai entraîné mon fils de 7 ans en poussins, avant de m’occuper des U11, des U13, puis de l’équipe A en CFA, qui est montée en National et qui a pris part aux 32ès de finale de la Coupe sept saisons de rang. Aimé Jacquet m’a incité à passer l’examen d’entraîneur pro et je me suis tout de suite vraiment éclaté dans la compétition avec les seniors ».

– Quel regard portez vous sur la formation au Stade Brestois ?

– « Eric Assadourian et tous ses éducateurs ont énormément de mérite, parce que le club a accumulé énormément de retards dans ce domaine et parce qu’ils doivent fournir beaucoup d’efforts dans une région où la concurrence des autres clubs pros est vive. C’est bien que le club se soit mis en évidence ces dernières années en Coupe Gambardella. Mais ce n’est pas parce que tu as ces résultats-là que tu vas sortir automatiquement des grands joueurs. Ce sont deux choses différentes ».

– Les deux tournois de Plougonvelin sont ouverts aux U15 et aux U17. Quelle(s) qualité(s) faut-il privilégier à ces âges-là ?

– « Pour les joueurs destinés à devenir professionnels déjà repérés avant leurs 17 ans pour leurs qualités techniques et physiques, ce sont  leurs qualités stratégiques qui leur permettront de faire la différence au très haut niveau. En premier lieu la capacité à comprendre et à lire le jeu, avec et sans ballon, plus vite et mieux que les autres. S’ils n’ont pas cette stratégie, cette lecture du jeu, ils n’arriveront pas à franchir tous les niveaux. A l’instar d’un Yohann Lachuer, qui était devenu à Auxerre un des meilleurs joueurs français, des joueurs de petit gabarit arrivent parfois à développer de tels atouts qui leur permettent de doubler des mecs qui vont vite, qui sont costauds et ont de l’impact ».

– Le meilleur exemple serait Blaise Matuidi que vous avez dirigé à Troyes ?

– « Au-delà des Gameiro, Schneiderlin, Jean, Sidibé que j’ai aussi entraînés à Strasbourg et à Troyes, Blaise est celui qui m’a le plus impressionné. A son arrivée à 17 ans à l’ESTAC, il n’était pas exceptionnel sur le plan technique, il était maigrelet avec des mollets comme des stylos Bic. En revanche, il était très vif et très endurant. Mais il avait surtout cette capacité à comprendre et à lire le jeu plus vite que des joueurs de 30 ans qui comptaient près de 300 matches en Ligue 1 et Ligue 2. Là, j’ai su qu’avec Blaise ce serait no limit pour la suite de sa carrière ».

Recueilli par Yvon Joncour